Quand la terre travaille en silence: le regard d’Émilien sur les cultures d’hiver

Les champs de Graux en hiver

On pourrait penser qu’en hiver, tout ralentit, s’endort tranquillement jusqu’à ce que le printemps ramène la vie. Cependant, grâce à un travail acharné, à une planification minutieuse et à la magie du domaine, j’ai réussi à cultiver et à récolter de l’orge brassicole afin de fournir une coopérative (Regenacterre) qui fournit elle-même les malteurs et brasseurs. 

Cet automne, nous avons semé du colza et du blé d’hiver. Ces cultures continuent de pousser malgré les premières chutes de neige que nous avons connues. Je profite également de la saison hivernale pour livrer les pommes de terre cultivées dans les champs du Domaine de Graux. Ces délicieuses pommes de terre, surveillées et soignées tout au long de l’année, sont désormais distribuées pour être transformées en frites, en purée ou simplement en bonnes pommes de terre.

À Graux, nous semons de la luzerne et des prairies temporaires de trèfle qui, pendant l’hiver, stockent l’eau afin de mieux résister aux sécheresses estivales auxquelles nous sommes parfois confrontés. Cette année, ces cultures ont répondu à nos attentes et ont bien résisté malgré la sécheresse. 

Les cultures de couverture font partie de nos pratiques agroécologiques qui favorisent la santé des sols et les cycles nutritifs. Le trèfle est en effet une légumineuse qui fixe l’azote. Sous la surface du sol, des bactéries rhizobiennes symbiotiques colonisent les nodules sur les racines du trèfle. Le trèfle fournit des glucides aux bactéries, qui transforment l’azote atmosphérique en une forme utilisable par les cultures. Cette relation réciproque entre les plantes et les bactéries alimente le cycle de l’azote organique, ce qui nous aide à réduire notre dépendance aux nutriments. 

Les cultures de couverture absorbent également les nutriments en excès afin de les restituer au sol pour les cultures printanières. En hiver, cette « armure verte » protège le sol de l’érosion, réduisant ainsi le ruissellement des champs et préservant la qualité de l’eau. Au début du printemps, les résidus des cultures de couverture hivernales empêchent la prolifération des mauvaises herbes et contrôlent les parasites en favorisant la présence d’insectes utiles. Les cultures de couverture nous aident également à gérer les pluies printanières en augmentant l’infiltration de l’eau et en améliorant la structure du sol.

Au Domaine de Graux, les cultures de couverture protègent et nourrissent non seulement le sol, mais aussi nos Black Angus. Grâce au pâturage tournant, le bétail profite du fourrage tout en fournissant des nutriments (le fumier) au sol.

Quelle que soit la saison, l’agriculture à Graux doit faire face à de redoutables corvidés. Ils sont toujours attirés par le maïs et les tournesols laissés dans les champs. Avec le déclin des habitats naturels, des prairies et des sources de nourriture, les oiseaux se tournent vers les ressources alimentaires abondantes des champs cultivés.

Mais les corvidés sont omnivores. Ils mangent également des insectes, tels que des coléoptères, des chenilles et des larves, et même de petits rongeurs, assurant ainsi un contrôle naturel des nuisibles. Les corvidés jouent également un rôle dans l’écosystème en dispersant les graines et en recyclant les charognes. Ce service précieux contribue à réduire les agents pathogènes et les maladies.

Les écosystèmes s’efforcent constamment d’atteindre un équilibre entre les espèces, une danse complexe entre les ressources, l’habitat disponible et les interactions prédateurs-proies. Au Domaine, nous utilisons la pensée écosystémique pour gérer la ferme en harmonie avec la nature. Cela nécessite l’expertise d’un ornithologue qui nous guide dans la création d’habitats tels que des nichoirs et nous explique comment la ferme peut accueillir une diversité d’espèces d’oiseaux, notamment des rapaces pour gérer les populations de ravageurs, et d’autres espèces d’oiseaux qui assurent la dispersion des graines, la pollinisation et le contrôle des insectes. Grâce à la connaissance de chaque espèce, de son rôle et de son comportement, nous pouvons maintenir un écosystème agricole équilibré.

Je garde également un œil sur l’avenir. L’hiver est le moment idéal pour perfectionner mes compétences et évaluer le modèle économique de nos grandes cultures. Nous sommes toujours ouverts aux opportunités d’innovations au travers des activités de The Nest pour notamment développer de nouvelles techniques ou expérimenter de nouvelles cultures.

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience sur notre site web.
En cliquant sur le bouton « Accepter », vous acceptez l’utilisation de tous les cookies.