Le 22 mai marque la Journée Internationale de la biodiversité. Le thème de cette année, « Agir localement pour un impact global », met en lumière le rôle des initiatives locales dans la préservation de la biodiversité mondiale. L’occasion parfaite pour plonger dans le travail mené au Domaine de Graux autour de ce sujet.
Mais pour comprendre pourquoi nous agissons, il faut d’abord mesurer l’ampleur de ce que le monde est en train de perdre.
Un enjeu mondial, des actions locales
Selon le dernier rapport du WWF (Living Planet 2024), entre 1970 et 2020, les populations animales ont perdu en moyenne 73% de leurs effectifs. En cinquante ans, nous avons donc perdu près des trois quarts de la faune sauvage mondiale.
Ce chiffre est issu du suivi de plus de 5 000 espèces de vertébrés, mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens à travers le monde entier. Il ne s’agit pas ici de disparition d’espèces, mais bien de l’effondrement du nombre d’individus qui les composent. Des populations qui se vident, silencieusement, à une vitesse sans précédent.
La cause principale ? La perte et la dégradation des habitats, dues en premier lieu à notre système alimentaire. Des causes suivies ensuite par la surexploitation des ressources naturelles, les espèces envahissantes et les maladies. Ce sont ces 5 grandes pressions, cumulées et souvent simultanées, qui sont responsables de l’effondrement de biodiversité observée partout dans le monde.
Face à ce constat mondial, des solutions existent. Au Domaine de Graux, nous avons fait le choix d’agir concrètement, en commençant par comprendre l’état réel de nos sols.
L’agriculture régénérative au cœur de notre démarche
Certifié bio depuis 2011 et labellisé B Corp depuis 2025, nous nous inscrivons dans une démarche d’agriculture régénérative visant à restaurer la santé des sols et à favoriser la biodiversité aussi bien sur nos hectares de cultures maraîchères que sur nos grandes cultures. Notre engagement : produire des produits bio en travaillant avec la nature et non contre elle.
Notre approche repose sur cinq principes : un labour minimal pour préserver la structure des sols, l’absence de pesticides, aménager des espaces naturels comme des haies, praires, étangs pour enrichir les écosystèmes et maintenir une couverture végétale permanente pour protéger et régénérer la terre. Les animaux sont intégrés dans un équilibre symbiotique avec les différentes cultures et nous veillons aussi à préserver les ressources en eau et en énergie.
Ce qui rend cette approche efficace, c’est que tout est lié. Les vers de terre et les champignons font vivre les sols. Les haies abritent les insectes qui protègent les cultures. Les prairies fleuries attirent les pollinisateurs qui font vivre le verger. Chaque élément nourrit les autres et c’est cet équilibre que nous cherchons à construire, d’année en année.


Les abeilles, le reflet de la biodiversité au domaine
Au Domaine, nous travaillons avec BeeOdiversity, une entreprise spécialisée dans l’évaluation, la préservation et l’amélioration de la qualité de l’environnement, grâce aux abeilles sauvages. Leur travail permet notamment d’identifier chaque année plus de 200 espèces végétales différentes.
Depuis 2023, des BeeOtels ont été installés au Domaine. Ces structures servent à accueillir différentes espèces d’abeilles sauvages, via des tubes de tailles variées, adaptés à leurs besoins de nidification. Les abeilles sauvages sont d’excellents bio-indicateurs, car leur présence et activité reflètent directement la santé de l’environnement.
Grâce aux BeeOtels, nous pouvons donc évaluer la santé de notre environnement et surveiller la biodiversité. Les abeilles collectent également du pollen sur les plantes environnantes, ce qui nous permet de mesurer indirectement la diversité végétale présente atour du Domaine, ainsi que la présence éventuelle de polluants.
En 2025, nous avons enregistré une occupation plus élevée que la moyenne pour presque toutes les tailles de tubes (et donc d’espèces d’abeilles sauvages), avec cependant un petit déclin d’activité en été comparé au printemps, probablement dû à moins de plantes en floraison. Dans le cadre du projet BeeOmetrics, BeeOdiversity a également réalisé des analyses de sol et de pollen pour le Domaine, qui montrent des taux quasi nuls de pesticides et des niveaux de métaux lourds inférieurs à la moyenne.


Au-delà des pratiques : mesurer le vivant
Pour aller encore plus loin, nous avons fait appel aux naturalistes de Biotope Environnement, dans l’espoir de pouvoir établir des liens concrets entre nos pratiques agroécologiques et l’état de la biodiversité sur le site.
Leur mission consiste à réaliser un inventaire complet des habitats, de la faune et de la flore, des insectes, des oiseaux et des chauves-souris, avec des observations menées à différentes périodes cette année. L’approche combine des analyses quantitatives et qualitatives, ainsi qu’une comparaison avec des sites témoins en dehors du Domaine.
Cette démarche nous permet non seulement de mieux comprendre la richesse naturelle du Domaine, mais aussi de mesurer l’impact réel de nos pratiques. En suivant l’évolution de la biodiversité dans le temps, nous pouvons identifier ce qui fonctionne, ajuster ce qui doit l’être et renforcer notre contribution à un écosystème plus vivant et plus résilient. Les résultats de cette étude seront partagés prochainement.
La santé de nos sols en quelques chiffres
En 2023, nous avons effectué des analyses de sols sur plusieurs parcelles du domaine. Deux indicateurs clés ont été analysés :
- la matière organique (MO) qui nourrit le sol, améliore sa structure, aide à retenir l’eau et stocke les nutriments dont les plantes ont besoin pour pousser;
- ainsi que la biomasse microbienne (BMM), qui représente la quantité de micro‑organismes présents dans le sol (bactéries, champignons, etc).
Ces micro‑organismes décomposent la matière organique, rendant les nutriments disponibles pour les plantes et contribuant à un sol vivant, fertile et résilient.
Les résultats montrent que les parcelles étudiées contenaient entre 3 et 6 % de matière organique (MO) et entre 15 et 30 µg d’ADN microbien par gramme de sol. Ces valeurs sont plus élevées que la normale, qui se situent généralement autour de 0 et 3% MO et 1 et 3 µg de BMM dans l’agriculture conventionnelle.
Les nichoirs, un allié pour la biodiversité au Domaine
Au Domaine de Graux, des nichoirs ont été installés pour accueillir des oiseaux comme les mésanges, les rougegorges ou les chouettes, de véritables alliés du verger qui régulent naturellement les ravageurs et les rongeurs. Chaque nichoir est choisi et placé selon l’espèce ciblée, afin de maximiser les chances qu’elle s’y installe durablement. Une façon concrète de soutenir la biodiversité locale tout en permettant à chacun d’observer la faune sauvage au plus près.
La biodiversité, une valeur ajoutée pour le Domaine et ses environs
Ce que nous mettons en place au Domaine a un impact qui va bien au-delà de nos champs. En créant ici des conditions favorables, nous permettons à la faune et à la flore de s’étendre autour.
Un verger sans pesticides, des haies, des prairies fleuries, des nichoirs bien placés, ce sont autant de signaux qui attirent et retiennent la faune sauvage. Et une fois installée, elle se déplace, elle se reproduit, elle colonise les terres voisines. Le Domaine devient ainsi un espace où la nature reprend ses droits.

Sources :
https://livingplanet.panda.org/living-planet-report-2024-key-messages